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Votre Maison : Votre habitation est-elle dangereuse ? Interview Philippe Lamy

Nous avons Philippe LAMY, président de LAMY Expertise, important cabinet national spécialisé dans l’expertise immobilière et pour la construction qui est en ligne avec nous. Nous allons commencer par lui donner la parole.

RMC : Bonjour Monsieur LAMY,

PL : Bonjour,

RMC : Avez-vous une expertise, un avis à partager sur l’affaire d’Angers ? Les photos de l’accident montrent une pathologie assez manifeste, à savoir une zone d’humidité extrêmement importante sur le mur -liée certainement à la descente d’eau pluviale- qui a du certainement fragiliser les choses, qu’en pensez-vous ?

PL : Ecoutez, c’est un drame que personne ne peut ignorer. C’est avant tout sous l’angle du drame qui aurait pu être évité qu’il faut aborder cette rubrique. Certainement, et sans vouloir préjuger des premiers résultats de l’enquête, on peut incriminer un défaut d’étanchéité qui a entraîné une oxydation des aciers, c’est une première apparence évidence. Une deuxième évidence c’est que l’on a mis trop de monde sur ce balcon, il faudrait peut être que les balcons comme les ascenseurs comportent une mention du nombre de personnes admissibles au maximum. Il est vrai qu’aujourd’hui les gens fument dehors plutôt qu’à l’intérieur, on a donc une problématique qui est un peu nouvelle.

RMC : On dit que les balcons sont au minimum calibrés pour supporter 160% de la charge mais cela ne veut rien dire, on ne sait pas exactement ce que cela représente concrètement… C’est vrai qu’il faudrait peut-être indiquer le nombre maximum de personnes qu’un balcon peut recevoir.

PL : Oui c’est une piste mais je pense qu’il faudrait d’abord faire des balcons qui soient correctement dimensionnés, mais là encore, je ne veux pas préjuger sur les résultats de l’enquête…

RMC : Au vue de la photo, le ferraillage semble extrêmement mince, je ne sais pas si vous avez regardé…

PL : Je me suis fais la même remarque mais je n’ai pas eu accès au dossier personnellement et cet affinement des aciers peut aussi être le fait d’une lente oxydation. Donc la partie visible n’est pas forcément celle qu’il faut prendre en compte. Mais il est certain qu’il peut s’ajouter aux premiers facteurs évoqués (à savoir les problématiques d’humidité, d’oxydation et de surcharge), une malfaçon au niveau de la conception et/ou de la réalisation, ce qui, peut-être, a entraîné ce drame. Ce que je veux dire surtout c’est que ces drames là sont prévisibles et comme cela a été dit au début de cette émission, ce n’est pas un cas isolé.

RMC : Vous êtes en train de nous dire que cela arrive plus souvent qu’on ne le croit ?

PL : Oui, ces cas ne sont pas toujours médiatisés car ce n’est pas à chaque fois que 4 personnes se tuent d’un coup, mais il y a eu cette année plusieurs balcons qui sont tombés, des gardes-corps aussi. Je connais moi même une personne qui a perdu un parent qui est tombé pour s’être appuyé sur un garde corps qui a cédé… Ce sont des choses qui arrivent. C’est donc pour moi important d’évoquer la possible prévention sur ces cas. Peut-être alerter le public sur les facteurs qui sont très souvent liés à l’humidité qui accède jusqu’aux aciers et permet leur oxydation. Il est certain que face à un défaut de conception ou de réalisation, malheureusement, à part mener une expertise poussée, on ne voit pas l’origine du problème, ce n’est donc pas l’utilisateur ou le particulier qui va nous alerter… Mais je dirais que dans les cas où il y a la moindre suspicion, il faudrait engager une expertise qui pourrait se révéler salvatrice si elle peut permettre de prévenir des drames comme celui-ci.

RMC : Mais typiquement, existe-t-il des signes avant coureurs sur un drame comme celui qui s’est déroulé à Angers ?

PL : Bien qu’un peu de noirceur ou de moisissures sur un ouvrage ne se traduit heureusement pas tout le temps par une chute de balcon aussi grave, il faut néanmoins veiller à leur apparitions. Ces signes là doivent constituer une alerte immédiate. C’est au syndic des copropriétés ou aux propriétaires (si c’est un investisseur institutionnel) d’avertir le plus tôt possible un cabinet d’expertise. Et ce, pour opérer des contrôles parfois assez lourds, notamment si l’on suspecte des problématiques de perte de résistance des aciers. Cela peut entraîner différentes opérations qui nécessitent une mise en oeuvre de matériel compliqué, mais comparé aux risques en termes de vies humaines, il ne faut pas hésiter à le faire.

RMC : Philippe LAMY, intervenez-vous parfois pour une expertise de façon préventive dans des maisons qui donneraient des signes de faiblesse ?

PL : Oui bien sûr, nous intervenons quand il y a des signes avant coureurs et alarmants sur tous les ouvrages. Il faut savoir que les critères d’un signe alarmant sont très différemment perçus selon les utilisateurs. Il y a parfois des signes très alarmants qui ne sont pas compris comme tel.

RMC : Des exemples de “signes alarmants” ?

PL : Les fissures sont toujours des signes alarmants. Contrairement à une idée très répandue, ce n’est pas parce que les fissures sont grosses que la situation est inquiétante. Il existe certaines fissures en “cheveu” qui montrent juste une désolidarisation d’éléments structurels, ce qui est très grave. Pour peu que cette fissure soit horizontale, il se peut qu’il y ait un poids tel que la fissure se referme complètement jusqu’à devenir presque invisible. Cette fissure là est la plus dangereuse et la plus traîtresse.

RMC : Les fissures horizontales sont, je crois, reconnues comme étant les plus dangereuses…

PL : Bien sûr. Un bâtiment qui a plusieurs fissures horizontales à différents niveaux peut s’affaisser comme vos genoux s’affaissent sous l’effet d’une charge importante

RMC : Et c’est surtout le caractère évolutif qu’il faut prendre en compte ?

PL : Bien entendu, quand il y a des fissures sur une structure, ça peut être dû à l’exposition d’une partie de l’ouvrage. Ce dernier peut être trop exposé à l’eau ou même au gel. Cela n’a d’ailleurs pas été évoqué tout à l’heure mais le gel est également un facteur aggravant dès lors qu’une structure est imprégnée d’eau, épisode de gel après épisode de gel, elle éclate et crée un chemin encore plus grand pour l’eau et les fissurations sont évolutives. Les fissures évolutives les plus couramment observées sont celles qui sont liées à un tassement différentiel, potentiellement consécutif à une instabilité du sol (par exemple argile gonflante) ou suite à un accident de canalisation qui a affouillé le sol sous les fondations en entraînant une perte d’appui. Pour en revenir à la prévention, ce qu’il peut-être intéressant d’ajouter c’est que beaucoup de propriétaires institutionnels réalisent systématiquement une expertise préventive à la fin de la garantie décennale. Parce que, si au niveau du neuvième anniversaire, rien n’a été décelé, il y a des chances d’être plus tranquille. Donc un conseil, en termes d’expertise préventive, c’est de faire venir un expert spécialisé en structure comme notre cabinet, dès qu’on a la moindre suspicion mais aussi très spécifiquement avant la fin de la garantie décennale.

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